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Pourquoi pas une crèche multi accueil sur le quartier ?

Tarentaize Beaubrun Séverine.
mercredi 20 avril 2005.
Ce projet a été élaboré par des habitants(es) du quartier avec l’aide de l’amicale laïque de Beaubrun et l’association « le Club de l’Amitié » pour être financer dans le cadre du budget de proximité participatif de la ville de Saint Etienne.
La nécessité d’un jardin d’enfants (une halte garderie) sur le quartier est réelle et pour comprendre ce besoin il est important de cerner “socio-économiquement” le quartier dans lequel s’inscrit ce projet.

I/ Un quartier pauvre, touché par le chômage et la précarité.
La population de Tarentaize-Beaubrun-Séverine compte 7402 personnes dont au moins 450 familles. 4 ménages sur 10 sont constitués de personnes seules. 15% des familles sont monoparentales avec enfants contre seulement 12% sur Saint-Etienne.
C’est une population ouvrière touchée par le chômage et la précarité : 6% des chômeurs de la ville habitent le quartier.

1] Une grosse partie des ménages disposent de bas revenus.
Deux tiers (68%) sont couverts par la CAF. Parmi eux 43% sont dits allocataires bas revenus contre 29% sur St-étienne, et 15% survivent avec le RMI. 2,5% perçoivent l’API (allocation parent isolé). [1]. Les habitants soulignent leur attachement à ce quartier de tradition ouvrière et plein d’histoires.

2] Les équipements actuels sont insuffisants et répondent mal aux besoins.
La seule crèche du quartier, celle de Tarentaize, dispose de 80 places. Face aux besoins elle est devenue multi accueil, avec une capacité totale d’accueil de 100 places. La plupart des enfants viennent des quartiers limitrophes (centre ville, reste de la ville et environs). Elle accueille très peu d’enfants dont les familles vivent sur le quartier.
Elle répond donc mal au besoin des mères de famille qui travaillent par intermittence, en intérim, avec des horaires atypiques et irréguliers.
Le coût des assistantes maternelles agréées qui existent sur le quartier est relativement élevé pour des femmes n’ayant qu’un travail à temps partiel et peu payé. Elles sont contraintes souvent d’utiliser les services de femmes non déclarées (travail au noir). Ainsi le diagnostic de santé de l’ORS souligne : « En ce qui concerne les assistantes maternelles agréées, leur coût n’est pas toujours accessible aux mamans disposant de faibles revenus. Ainsi les mamans (surtout les mamans célibataires) qui souhaitent trouver un emploi semblent souvent se heurter au problème de la garde de leurs bébés pour des raisons financières mais également pour des raisons de compatibilité d’horaires. »
Conséquence fâcheuse : l’école maternelle est assimilée à une garderie pour certains parents, d’autant que de surcroît elle présente l’avantage de la gratuité. Les nouvelles réglementations de l’Education Nationale, qui n’obligent plus les écoles maternelles à accepter les enfants de 2 ans vont donc aggraver les difficultés pour la garde des enfants.

3] Cette situation est un obstacle vers l’emploi des mères de familles.
Elle ne favorise ni, la recherche ni l’acceptation d’un emploi. Le rapport du CERC « Les enfants pauvres en France » [2] soulignait : « Dès lors la pauvreté des enfants résulte d’abord des difficultés d’emploi de leurs parents (...) La présence d’enfants renforce la difficulté de l’emploi : lorsque les enfants sont très jeunes les difficultés de trouver et de rémunérer des modes de garde poussent la mère à se retirer de l’emploi puis, lorsqu’ils sont plus âgés, l’éloignement durable de l’emploi est un obstacle à en trouver un. De ce fait la pauvreté touche davantage les enfants de familles monoparentales ou de celles ayant quatre enfants et plus. (...) Pour les parents isolés, ces difficultés à concilier exercice d’un emploi et responsabilité parentale engendrent un risque accru de pauvreté. » Or « Le chômage et le sous-emploi sont la cause première de la pauvreté en général et plus particulièrement de la pauvreté des enfants puisque les difficultés rencontrées par leurs parents pour concilier vie professionnelle et responsabilités parentales renforcent leur sous-emploi. Il apparaît alors essentiel de permettre aux parents (le plus souvent à la mère) de pouvoir reprendre rapidement un emploi s’ils le souhaitent. »
Ces remarques sont particulièrement vraies pour notre quartier.
Le rapport du CERC avançait entre autres propositions, la création d’un service public local organisant une offre de garde de qualité pour les enfants d’âge périscolaire ou scolaire et accessible à l’ensemble des familles : « il ne s’agit pas seulement de rendre solvable le recours à des gardes mais de fournir une offre accessible à l’ensemble des familles (...) ». Proposition également avancée par l’ORS dans son diagnostic de santé sur le quartier : « Améliorer l’accès aux différents modes de garde, notamment pour les mamans qui disposent de faibles revenus (et qui ont parfois plusieurs enfants en bas âges). »

II/ Notre proposition de créer un jardin d’enfants vise à répondre à ces besoins.
Elle ne peut qu’être bien accueillie par le conseil municipal et le Maire de St Etienne qui déclarait lors d’un débat au conseil municipal sur le rapport du CERC : « La ville de St Etienne est l’amie des enfants », l’UNICEF lui ayant décernée une distinction à ce sujet.

1] Les objectifs

-  Aider les parents à trouver ou à retrouver un emploi.
-  Favoriser le retour à l’activité des femmes avant la fin du congé parental.
-  Augmenter les revenus des familles et lutter contre la pauvreté et donc contre l’échec scolaire.
-  Casser le cercle vicieux de la pauvreté.
-  Aider les parents à gérer les imprévus familiaux ou professionnels (horaire atypique,maladie des enfants ou de la garde).

2] Description du projet :

Etapes :

1- Constituez une association de parents, type association loi 1901
2- Trouver un local : Possibilité d’utiliser d’anciens équipements publics comme par exemple la Poste de Tarentaize ou des locaux en bas d’immeubles inutilisés. L’aménager selon les normes strictes pour obtenir l’agrément par la PMI qui fournira les renseignements.
3- Recherche de financements : CAF, conseil générale, Mairie, entreprises.

3] Fonctionnement

-  Ouverture tous les jours de la semaine y compris vacances scolaires, sauf jours fériés et samedi et dimanche.

-  Horaire : de 7H à 19H30.
Accueil des enfants de 3 mois à 3ans de façon occasionnel ou partiel. Le temps d’accueil ne peut excéder 20h/semaine par enfant.

-  C’est un établissement multi accueil abritant les enfants de 3 mois à 3 ans et pourvu d’une grande souplesse relative à son amplitude horaire (mode de fonctionnement encore rare). La politique actuelle gouvernementale via le DAIPE [3] formule la nécessité de développer les structures pratiquant le multi accueil car les places en crèches ne couvrent pas les besoins de la population (9% des enfants de -3ans ont une place dans une crèche).

4/ Plusieurs types d’accueil :

a. L’accueil régulier :

-  les parents et le gestionnaire se mettent d’accord sur le contenu d’un contrat d’accueil (jours et nombre d’heure)

-  le paiement est mensualisé

-  cette mensualisation peut être revue en cours d’année.

b. L’accueil ponctuel :

-  normalement, l’enfant est connu de la structure et l’a déjà fréquentée : les ressources familiales sont connues
-  une tarification est appliquée en fonction de celles-ci

-  si les ressources de la famille ne sont pas connues, on demande les ressources imposables et on applique un barème Caf.

-  la réservation est de nature plus ponctuelle (type halte)

c. L’accueil d’urgence :

-  l’enfant n’est pas connu de la structure et la famille n’a pas besoin de réserver à l’avance
-  si les ressources ne sont pas connues, on applique à la famille une tarification moyenne
-  des places sont réservées obligatoirement dans le règlement pour ces enfants.
La gestion sera assurée par une association de parents.

III/ Les moyens financiers et humains

1] Financement :

-  Les parents payent un forfait journalier, la CAF verse à la structure une prestation de service ordinaire au regard de l’activité réelle. Cette aide permet une diminution des tarifs en faveur des familles.

-  CAF, conseil général, Mairie, autres collectivités territoriales.
-  Les entreprises employant les parents pourraient financer une partie du mode de garde de leurs enfants (exemple : « chèque famille ») ce qui permettrait de lutter contre l’absentéisme ou la démission.

2]Moyens humains :

-  Une puéricultrice sera engagée ou un EJE (éducateur jeune enfant).

-  Constituer un groupe d’assistantes maternelles soudées et relativement disponibles.

-  Employer des assistantes maternelles permanentes et volantes, offrant une perspective d’évolution de carrière et une meilleure utilisation du temps de travail.

-  Privilégier l’emploi d’assistantes maternelles existantes dans le quartier. Travailler pour cela en coopération avec la CAF.

Le projet a été remis à Mme Schériani ; Adjointe au Maire et Mr Perdriau, Conseiller Municipal. Une copie du projet va être également remise aux membres du Conseil de quartier.
Une pétition a été lancée sur le quartier pour sensibiliser la population sur la nécessité d’une cèche. Aujourd’hui on recense plus d’une cinquantaine de signatures.

[1] Nos chiffres sont tirés du « Diagnostic de santé du quartier Tarentaize- Beaubrun-Séverine », effectué par l’ORS pour la ville de St-Etienne, novembre 2004

[2] Rapport du CERC (Conseil de l’Emploi, des Revenus et de la Cohésion Sociale), février 2004 www.ladocumentationfrancaise.fr

[3] dispositif d’aide à l’investissement petite enfance


 

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