Vous êtes ici :  Accueil >  Culture >  "Retour sur la condition ouvrière"

"Retour sur la condition ouvrière"

De Stéphane Beaud et Michel Pialoux
lundi 18 avril 2005.
La rencontre avec Mr Beaud et Mr Pialoux qui avait lieu le samedi 2 avril 2005 à la Bibliothèque de Tarentaize s’inscrit dans un cycle de travail et mémoire. Ces deux sociologues s’interrogent sur les raisons qui ont rendues le groupe ouvrier invisible aujourd’hui. A travers une monographie consacrée aux usines de Peugeot de Sochaux Monbéliard, les deux sociologues mettent en lumière cette déconstruction et cette invisibilité du groupe ouvrier. Depuis 20 ans, un certain nombre d’idées reçues sont véhiculées sur le fait que la classe ouvrière n’existe plus, pourtant les ouvriers demeurent toujours le groupe social le plus important de la société française. « Les ouvriers, qui avaient pour eux la force du nombre, ont peu à peu cessé d’être craints et ne font plus peur aux dirigeants. Il s’agit là d’une rupture importante dans l’histoire des rapports de classe » (passage figurant dans l’introduction du “retour sur la condition ouvrière”)
La modernisation des usines à partir des années 80 a introduit une nouvelle forme d’organisation du travail qui a fait disparaitre progressivement “l’entité ouvrière” à travers ses valeurs anciennes telles que la solidarité, l’égalitarisme et l’internationalisme. Aujourd’hui ce sont les artistes, les professions intermédiaires et les employés qui revendiquent ces valeurs anciennes.
La classe ouvrière du XXème siècle ne ressemble plus à ce qu’elle a été traditionnellement, elle est divisée et difficilement identifiable. Le néolibéralisme a effacé volontairement du paysage social les grandes usines et les concentrations ouvrières, ce qui a affaibli peu à peu “le fait syndical”, les droits sociaux.
Aujourd’hui on ne parle plus d’ouvriers mais plus aisément d’opérateurs, agents de fabrication.
Le sens de la classe ouvrière s’est effiloché avec le temps. Il y a une véritable fracture générationnelle qui déchire actuellement le groupe ouvrier “vieux-jeunes”, les ouvriers et leurs enfants. Etre ouvrier pour un jeune « c’est bas de classe » (allusion : « France d’en bas » de Raffarin), on le voit notamment avec l’image du bleu de travail anciennement synonyme de “fierté” et de “dignité” chez les vieux, ce sens c’est dévalorisé. Les enfants d’ouvriers rejettent radicalement le monde de l’usine et prolongent leur scolarité dans l’espoir d’une ascension sociale surtout chez les enfants d’immigrés.
Au regard d’un certain nombre de facteurs il en ressort une société qui se trouve “mal dans sa peau”, l’école va mal, les enseignants ne sont pas écoutés, les salariés sont usés et isolés, ils ne connaissent pas leur droit et il n’y a personne pour les défendre.

 

Agenda