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Des vies détruites par le shit

lundi 19 mars 2007.

Des vies détruites par le shit

Samedi après midi, sur le chemin du retour, j’ai été témoin, et certainement pas la seule, d’une scène qui m’a extrêmement bouleversé : une femme, que je connaissais, était en sanglots, complètement effondrée et qui confiait à une amie sans aucune discrétion, que son fils avait été arrêté et incarcéré pour détention de produits stupéfiants, à savoir du shit pour employer une terminologie populaire. Combien de mères souffrent de voir que leurs enfants sont tombés dans les filets des dealers de shit. Je crois que je ne vous apprends rien, le trafic se fait au su et au vu des habitants du quartier.

Les majeurs se servent des mineurs pour leur bisness, dans l’objectif d’échapper à une éventuelle condamnation. Pour cela, les plus grands et donc les plus expérimentés exhortent les plus jeunes à fumer un premier joint. C’est un passage obligé pour prouver sa virilité et faire partie du clan des boss du quartier. Et au fil des joints et des jours, le jeune recru devient dépendant de cette substance et c’est le début d’un engrenage qui n’en finit plus. Vendre du shit pour pouvoir en avoir en contrepartie.

L’argent facile que génère ce trafic est aussi une des motivations du consommateur-dealer. C’est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui le conformisme des apparences incite les jeunes à porter des tenues de marque comme ses amis, au risque de se voir traiter de rétrograde, et d’être exclu du groupe dans lequel il veut à tout prix appartenir pour exister et s’affirmer. Mais lorsque le consommateur-dealer tombe dans le gouffre, c’est pas si facile pour lui de se relever.

Combien de parcours, de vies, de familles ont été détruites par le shit. En tous cas et ce que je sais, c’est que dans notre quartier, rares sont les foyers qui n’ont pas été touchés par ce fléau. Cette substance a fait et continuera à faire des dégâts au sein de notre jeunesse.

Certes notre quartier se caractérise par nombre de problèmes sociales et économiques, mais le shit a engendré et/ou aggravé les problèmes sociaux et psychologiques de ces admirateurs. J’entends par là que le shit et ça on ne peut pas le nier, est un des principaux facteurs d’échec scolaire, de déscolarisation. Lorsqu’un jeune est dépendant de cette substance, il n’arrive plus à se concentrer dans ces études. Le shit devient une priorité, une nécessité même. L’école perd complètement de la valeur, le jeune n’en voit plus l’utilité surtout lorsqu’il peut en soutirer de l’argent. On abandonne les cahiers et les stylos au profit du shit et de l’argent facile. L’idée de se procurer du shit l’obsède au point de ne plus pouvoir se projeter dans l’avenir.

Je parle en connaissance de cause car j’ai moi aussi un membre de ma famille qui, depuis l’âge de 16 ans, est prisonnier du shit. Il a aujourd’hui 24 ans et ne cesse de faire des allers/retours entre la maison d’arrêt et l’extérieur. Si je devais faire le point sur sa vie, je dirais pour résumer que le shit a dominé une grande partie de son existence et a réussi à le dominer psychologiquement. Le shit peut avoir une telle emprise sur « la conscience » de ses consommateurs et dealers, qu’il est même arrivé que des vies soient supprimées suite à des règlements de comptes.

Mais quand je repense à cette mère, à la mienne et à toutes celles qui pleurent leurs fils détruits par le shit, je me dis que nous ne pouvons plus fermer les yeux face à ces dégâts collatéraux causés par cette chose monstrueuse.

Je m’adresse aux adultes soucieux de l’avenir de ces jeunes et de notre quartier, aux responsables d’associations du quartier, aux professionnels du secteur socio-éducatif de réfléchir à des solutions. Encore faut il que les discussions, si celles-ci ont réellement lieu, aboutissent à des actions concrètes sur le terrain. Mais je crois que l’on est encore loin de tout ça, il faudrait dans un premier temps, une conscience générale quand à l’importance de lutter contre ce fléau qui ne cesse de gagner du terrain et les jeunes esprits.


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