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Compte rendu de la rencontre du 16 nov. sur l’avenir de nos enfants

lundi 21 novembre 2005.

Rencontre du 16/11/2005 : Quel avenir pour nos enfants.

25 personnes présentes (enseignants, habitants du quartiers, salariés de la bibliothèque, militants associatifs).

photo : Cyril Delacour (JPEG)

Un ancien enseignant sur le quartier à la retraite :
Eclaircir sur ce que font les associations par rapport à l’école.
L’éducation prioritaire c’est de l’escroquerie. Les moyens sont dérisoires : 2 élèves en moins par classe. L’éducation prioritaire n’est plus prioritaire dans les faits.
Des enfants sont sans arrêt en demande d’échanges avec les adultes à l’école parce que ces échanges n’ont jamais lieux dans le milieu familial. Il y a des espaces de paroles à trouver.
Comment peut-on faire pour qu’ils aient les moyens d’expression ? Entre eux ils ont aussi des problèmes de relations.

Les parents se sentent perdus. Ils pensent que l’école va arranger la situation.

Louisa Zékak responsable d’une association et habitante de Beaubrun :
On se bat trois fois plus pour pouvoir prouver qu’on est capable de faire aussi bien que les autres.

Des habitantes de Tarentaize témoignent :
Une maman marocaine de tarentaize c’est fait accoster place Carnot par un policier en civil qui de but en blanc lui a demandé ses papiers, sans se présenter. Elle a refusé et lui a demandé de lui présenter sa carte de police. Il a insisté pour qu’elle lui montre ses papiers. Heureusement quelqu’un du quartier l’a reconnue et est venu à sa rencontre.
Le policier s’est alors éloigné.

Une habitante :
A l’hôpital il y a très peu de « beurs » et de noirs dans le personnel soignant, mais beaucoup dans les femmes de ménages. Il y a une politique discriminative de répartition des emplois.

Qu’on tabasse des jeunes c’est inadmissible, même s’ils ont tort.
Il faut apprendre aux jeunes à s’en sortir, leur expliquer.

Il faut que la population bouge. Les jeunes n’ont pas d’adultes comme interlocuteurs.

Khadoudja :
Arrêtons de parler, de monter des projets à la place des jeunes. Proposons leur de monter LEURS projet. Pas ceux des associations. Comment on peut régler le problème si les gens concernés n’ont pas la parole ?

Rachid :
J’ai discuté avec un enfant de 10 ans qui vient au soutien scolaire en lui disant qu’il fallait qu’il travaille sur ses devoirs pour son avenir. Il m’a répondu « à quoi bon réussir à l’école mes frères et sœurs n’ont pas de travail avec des diplômes. » Dans la tête d’un enfant de 10 ans il n’y a déjà plus d’espoir d’un ascenseur social. On a coupé les pattes à une génération.
Les jeunes n’ont plus d’espoir non seulement dans les politiques mais même dans les institutions. La concertation n’existe pas, on n’écoute pas les besoins.
Sans les institutions on ne peut rien faire. Comment faire comprendre aux institutions, les interpeller.

Et si le quartier se prenait en charge.
Ecrire des projets pris en charge par les gens du quartier et ensuite demander aux institutions de se mouiller.
Transformer quelque chose de destructeur en quelque chose de constructif. Construire une parole audible.

Une militante d’association :
Chirac a annoncé la mise en place du service civil. Nous sommes très contents. Mais quels moyens pour aller vers les 20 000 jeunes en service civil. Il y a actuellement 200 volontaires en France. Quels moyens pour passer à 20 000 ?
Beaucoup de gens adhèrent au projet de Sarkozy.
Il ne faudrait pas en rester qu’au niveau du quartier.

Il est nécessaire que les parents soient reconnus. Il n’y a pas de lieu pour les parents, les personnes maghrébines, âgées pour se réunir sur le quartier.

Une habitante :
Les jeunes veulent travailler. Les portes sont claquées à leur nez. Du travail !, gagner leur vie, être respectés, voilà ce qu’ils veulent.

Enseignants :
Actuellement il n’y a pas de travail pour tous et il y a le problème des discriminations. Il faut inventer le travail.

Rachid :
Respecter aussi les anciens.
Des familles, des personnes âgées seules demandent de rester sur le quartier parce qu’elles y ont des liens. Comment faire avec la rénovation urbaine ?

Pendant la fête de quartier, il y a eu des moments de convivialités réels. Comment multiplier ça ? Comment se donner les moyens de se faire entendre tous ensemble, de prendre la parole ?
Multiplier les lieux de paroles.

Jean Chabannes :
Dans les années 70 à 80 (surtout après 75) les associations se sont laissées fasciner par les institutions : on leur a donné des subventions pour faire ce que les institutions voulaient. Les associations sont devenues des institutions avec de l’argent public et des salariés. Pour avoir les subventions, elles mettent en œuvre les actions décidées par les institutions. Ca ne part plus des besoins des gens mais des demandes des administrations.
Avant, c’était des associations militantes qui partaient et portaient les besoins.
Aujourd’hui on trouve peu de forces militantes pour faire des associations branchées sur les nécessités, pour agir au lieu de faire la chasse aux subventions.

Comment trouver des solutions à partir des gens, des besoins pas à partir des institutions.
Il propose :

-   de multiplier les lieux de parole
-   un réinvestissement militant dans les associations

Georges :
Est-ce qu’on peut élaborer et porter une plateforme citoyenne ? Lancer un appel à ça sur le quartier.

Une habitante :
La fête du quartier a été arrêtée pendant 2 ans parce que on en avait marre de faire ce que la maison de quartier décidait, et pas ce que les gens voulaient.

Roger :
Les chiffres d’arrestations donnés par la préfecture sont faux. Elle annonce, sur la base des informations fournies par la police, 40 arrestations, alors qu’il a des informations qui prouvent qu’il y en a eu bien plus.

Un jeune du quartier, passe en jugement le 22 décembre pour outrage et rébellion (incident à la piscine de la Plaine Achille où des jeunes se sont faits cognés et humiliés par des policiers municipaux et des personnes habillés en maîtres nageurs).
Il a été arrêté dans le quartier et mis en garde à vue il y a quelques jours.
Il dit que les jeunes ont été arrêtés au hasard. Au commissariat on nous a déshabillés, nos vêtements ont été envoyés à un laboratoire pour analyse et nous ne les avons pas encore revus. Nous avons été laissés en caleçon toute la nuit sans couverture. Des jeunes de 12 ans ont également été laissés en caleçons. Les policiers nous on pris de la salive pour des tests ADN (Roger : c’est illégal et ça coûte très très cher). Nous avons tous été photographiés.
Les policiers essayent aussi de nous monter les uns contre les autres. A un moment ils ont jeté dans notre cellule un jeune européen, en lui disant, « c’est vrai que tu n’aimes pas les bougnoules ». Ils voulaient qu’on s’en prenne à lui. On ne la pas fait. On connaît leur délire.
Il dit aussi qu’il y avait des filles au commissariat qui ont été mis en peignoir et des petits de 11 à 12 ans.

Des habitantes du quartier signalent aussi que deux jeunes de Tarentaize passent en comparution immédiate le 8 et 9 décembre. Qu’est-ce qu’on fait ?

Il y a eu beaucoup d’autres témoignages sur les pratiques de la police.
Un père de famille dit que son fils a été arrêté alors qu’il était devant la porte de son appartement.
Rachid dit qu’il évitait de rentrer trop tard craignant d’être arrêté et de passer la nuit au commissariat.
Un habitant de Tarentaize signale qu’une enfant de 10 ans (européenne) revenant de l’école Saint Paul a été contrôlée à Tarentaize par un policier qui lui a demandé d’ouvrir son cartable.

Fatima :
Les enseignants sont radiés s’ils frappent un élève. Pourquoi pas les policiers ?

Georges :
Les policiers ne peuvent pas se comporter avec les jeunes de la même façon que des jeunes se comportent avec eux. Ils ne peuvent pas jouer aux gendarmes et aux voleurs avec les jeunes même si des jeunes le font avec eux. Ce sont des professionnels.
Aujourd’hui le comportement de la police à l’égard des jeunes est devenu un élément du problème.
Sur le quartier il faut réussir à faire changer le comportement de la police municipale.

Une salariée de la bibliothèque :
Ce ne sont pas tous des petits saints. Des collègues sont en arrêt maladie.
On prend des cailloux contre les vitres, on est caillassé par des jeunes quand on sort du parking de la bibliothèque. Il y a des batailles de bandes derrière la bibliothèque. Nous avons été obligé de prendre deux vigiles de Proségur en permanence, payés par la ville.
Et il est envisagé de mettre des caméras supplémentaires à l’intérieur de la bibliothèque.
Elle s’adresse à un jeune : vous n’êtes pas des oies blanches non plus.

Un dialogue s’engage (...)

Rachid :
Pourquoi en est-on arrivé là, à cette tension entre les salariés de la bibliothèque et les jeunes. Ce n’est pas avec des caméras et des vigiles que l’on règlera ça. Ca coûte très cher pour rien.
La haine envers les institutions se transforme en haine envers les personnels représentants de ces institutions.
Nous avons constaté lors de la fête du quartier qu’il existe sur le quartier une quarantaine de jeunes de 10 à 14 ans qui sont laissés à l’abandon, qui ne viennent dans aucunes associations. Qu’est-ce qu’on fait pour eux ?

Une habitante dit que des caméras sont cachées sous des bacs à fleurs.

Est-ce qu’on peut avoir des éléments sur ce que doit/peut faire la police ?

Roger :
Il existe un code de déontologie de la police qui est très bien.
7 nouvelles caméras ont été votées au conseil municipal. Il y a maintenant 51 caméras sur la ville. Ca coûte 1,6 million d’euros. A comparer avec les 200 000 euros qui sont donnés pour le périscolaire en 2005. A St Etienne il y a plus de policiers municipaux que de cantonniers.

Une enseignante :
A l’école, un petit enfant m’a dit il y a quelques jours « Il faut insulter les flics ». Je lui ai répondu « non la police c’est bien, elle nous protége et nous défend ». Il m’a répondu « si, c’est ma tati qui me l’a dit ». Je me rends compte maintenant à quel point je n’étais pas crédible pour cet enfant.

Rachid :
Les associations doivent déjà mieux se connaître, et ne pas se faire concurrence.
Nos associations doivent être des lieux où les gens peuvent venir, peuvent se rencontrer, trouver des moyens pour s’exprimer, se faire entendre.

Il est décidé de s’engager dans l’écriture d’une plateforme citoyenne du quartier : que les jeunes, les habitants, les militants des associations écrivent noir sur blanc leurs besoins, leurs exigences, leurs propositions, pour les porter auprès des institutions, des élus, pour agir ensemble et les faire aboutir.

Une prochaine réunion aura lieu mardi 29 novembre à 18H 30 à l’amicale laïque de Beaubrun, Espace Pibarot rue de l’Apprentissage.


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