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jeudi 1er décembre 2005.

Couvre-feu et guerre d’Algérie : quels liens ?

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photographie de Verronique Barlet

Au sujet des émeutes qui ont enflammé les banlieues, le gouvernement a fait lui-même le lien entre le couvre-feu et la guerre d’Algérie. En effet, le même esprit semble régner dans les instances du pouvoir :

1) pendant l’Algérie française :

-  les français musulmans étaient discriminés par le pouvoir colonialiste et ne jouissaient pas des mêmes droits que les autres citoyens (il fallait 7 voix musulmanes pour égaler 1 voix chrétienne ou juive). Il est d’ailleurs faux de dire que la colonisation a apporté l’école aux algériens. Si c’était le cas, comment expliquer que la grande majorité du peuple était analphabète à la fin de la colonisation ?

-  Aujourd’hui, les jeunes des banlieues sont discriminés par le racisme ambiant prédominant dans la société française.

2) Les démarches pacifiques :

-  Les français musulmans ont longtemps demandé, sans jamais l’obtenir, l’égalité avec les autres citoyens (juifs et chrétiens), d’abord pacifiquement (par les organes représentatifs et les associations). Ils n’ont en fait jamais été entendus (manifestation pacifique du 17 octobre 1961 qui a été réprimée dans le sang et la Seine).

-  Les jeunes des banlieues dénoncent depuis plus de 20 ans (en vain !) les pratiques discriminatoires dont ils sont encore et toujours victimes (marche des beurs, touche pas à mon pote...).

3) Les actes de révolte :

-  Les français musulmans ont dû prendre les armes pour se libérer (révolution du 1er nov.1954). S’ils avaient été traités avec justice par les autorités occupantes, ils n’auraient sans doute jamais revendiqué l’indépendance de leur pays.

-  Les jeunes des banlieues ont dû recourir à des actions de rébellion pour se faire entendre par des politiques qui restaient sourds et aveugles à leurs revendications. S’ils avaient été traités avec équité (de la même manière que les autres citoyens), ils n’en seraient sans doute pas arrivés à ces actes de violence.

Toutes les démarches pacifiques sont restées lettres mortes. Seule la violence a fait réagir le gouvernement et les différents partis politiques. Nous sommes amenés à nous poser la question suivante : " pourquoi le gouvernement n’entend-il que ce langage ?"
Si nous pouvons faire un parallèle historique entre ces deux évènements, il faut cependant rappeler que parmi les jeunes des quartiers, il n’y a pas seulement des "beurs" mais aussi des "blancs" et des "noirs".

La Révolution française a remis en cause, par la violence, les privilèges de la caste au pouvoir et lutté contre les injustices dont le peuple était victime. Les jeunes des banlieues ont dénoncé, par la violence également, les discriminations dont ils sont victimes.
Ne faut-il pas voir dans ces actes de violence un prolongement de la révolte qui a animé la Révolution française ? Celle-ci s’est déroulée dans un climat de violence extrême pendant lequel la guillotine fonctionnait nuit et jour. La Terreur instaurée en régime a fait tomber des têtes et souvent de manière injustifiée. Nous sommes si fiers de notre Révolution ! (et pourtant celle-ci a largement fait usage de la violence).

La révolte estudiantine de mai 68 a elle aussi eu recours à cette même violence et pourtant, la réflexion était sensée faire partie de leurs moyens de lutte. Ne faudrait-il pas envisager aujourd’hui des alternatives à la violence, alternatives que nos gouvernants soient capables d’entendre ?!

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